Mehdi Zannad & Notre-Dame d’Amiens

 Diplômé de l’École d’Architecture de Nancy et enseignant à l’École d’Architecture de Paris-Malaquais, Mehdi Zannad est dessinateur (et brillant musicien). Il anime depuis quelques semaine des ateliers de croquis à la Cathédrale d’Amiens. Entretien à la sortie de l’atelier du jours qui permet d’attendre sereinement l’atelier du 15 janvier 2022.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur ces séances de croquis ont lieu à la Cathédrale ?
Mehdi Zannad : Ces séances de croquis sont organisées par le FRAC Picardie et le Centre des Monuments Nationaux. Ils se sont associés autour de cette demande. Tout se dessine autour des rencontres, de ces ateliers de dessin en public qui rythment cette résidence informelle.
J’ai moi même commencé à dessiner la Cathédrale. On m’a confié les clefs; je peux ainsi aller dans chaque recoin.
Mais ces ateliers sont réellement le fil conducteur de ce travail au long cours.

Les toits des chapelles de la cathédrale © Mehdi Zannad



Ta venue est une volonté de Pascal Neveux, le directeur du FRAC Picardie ?
Tout à fait. Nous nous étions rencontrés lors de la création d’un carnet de croquis pour l’éditeur marseillais Parenthèses. Il m’avait accompagné pour cette création en m’aidant notamment sur le plan matériel.
Nous avons donc déjà travaillé ensemble sur de la création in-situ.

En quoi cela t’intéresse de travailler in situ ?

Cela te permet de t’approcher de la vérité. En architecture, la culture du carnet de croquis existe mais c’est quelque chose de plus fugace. On ne reste pas huit heures pour réaliser un dessin.
Je tente donc de renouveler cette pratique, notamment en variant les techniques. Pour Amiens, je travaille avec un pinceau et de l’encre. A Marseille, mon travail s’apparentait plus à de la gravure car je travaillais avec des feutres.
C’était un travail plus étiré dans le temps.
Ce travail avec le pinceau vient de ce que j’ai ressenti en venant à Amiens. J’y ai aperçu du Ruskin et quelque chose qui rappelle les explorations du dix-neuvième siècle.

Détail de la Notre-Dame d’Amiens par Fraco (dessin réalisé lors de l’atelier de Mehdi Zannad – juillet 2021)



Ah oui ?
Tout à fait. J’ai aussi pensé à Viollet-le-Duc. D’où ce côté patiné avec l’encre.

Et les personnes ?
Ils dessinent avec un fusain. Les gens ont des niveaux différents. J’essaie de déconstruire leurs représentations et je les oblige à dessiner différemment; par exemple en dessinant en négatif comme dessiner le ciel plutôt que les maisons.

La Cathédrale est-elle difficile à appréhender au niveau du dessin ?
Dans le dessin, ce qui apparait simple est compliqué. Et inversement. Il faut simplifier le compliqué.
Il y a des choses fondamentales à appréhender comme l’ancrage d’un bâtiment.

Tu connaissais Amiens avant d’animer ces ateliers ?

Du tout. Je suis parisien et je n’étais jamais venu. J’ai adoré visiter le Musée de Picardie. Tout comme la Cathédrale.
J’ai envie d’approfondir ces aspects. J’ai aussi étudié Amiens au niveau historique. Je comprends la fascination ressentie par les Anglais au dix-neuvième siècle. Il y a une atmosphère assez romantique d’ailleurs
Les techniques que j’utilise ou je vais utiliser sont directement inspirés de ces émotions.

Tu évoques John Ruskin… Qui est-il ?
C’est un écrivain qui faisait de l’aquarelle. Il a peint Venise avec une atmosphère éthérée, un peu à la Turner.
Il n’est pas le seul auquel je pense. Il y a Marcel Proust et sa préface de la Bible d’Amiens.
Tout est un peu dû au hasard mais Amiens répond bien à mes attentes. Cela m’amène à bouleverser mes enseignements. Tout ce que je ressens ici se répercute dans mon enseignement.

Pour tout savoir sur les séances de croquis de Mehdi Zannad, c’est par ici.
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