Fascinantes Gueules de Bois

Regarder les sculptures de cet artiste amiénois, c’est voyager dans l’Amérique pré-colombienne tout en étant assuré d’être happé dans la France de 2075. Mais rendez-vous en 2020 avec cette interview qui nous plonge dans un univers où le bois et la mécanique s’entrechoquent.

Depuis combien de temps sculptes-tu du bois ?

Baptiste Boulfroy : Je vais dire une quinzaine d’années. J’ai débuté par sculpter des bijoux en ébène, en os ou en chêne. J’en ai fait pas mal, cela me servait pour les anniversaires ou Noël. Mes parents m’ont acheté des ciseaux, des gouges. Je n’en avais pas l’utilité pour les bijoux car la petite taille faisait que je pouvais utiliser la technique du ponçage. Il y a sept ou huit ans, j’ai pu récupérer des souches de tilleul. Et je me suis dit que je devais peut-être utiliser toute ma collection de ciseaux.

(c) Marine Schneiderhttps://www.facebook.com/Marine-Schneider-Photographie-487412614978229

C’est un bois facile à travailler ?

C’est le meilleur bois pour débuter. C’est en effet un bois tendre qui possède de jolies teintes neutres. Pour avoir du cachet et des nervures, ce n’est pas le bon bois. Pour les détails aussi. C’est un bois fin qui travaille beaucoup et qui peut casser. 

J’ai donc récupéré ces souches qui ont séché pendant deux ou trois ans. Je me suis lancé comme ça. J’ai fait le visage. Il est assez saillant, sombre et cru. Et neutre car il a peu d’expression. C’est mon tout premier visage. On m’a dit que c’était un Indien. Je n’y pensais pas au départ. C’est très enrichissant ce regard extérieur pour moi. J’ai ensuite réalisé le lézard sur la tête. Et du mécanique. 

Pourquoi ?

C’est mon attirance pour la science-fiction. Il y a du Druillet, du Bilal et du Giménez. Ce dernier a fait La Caste des Méta-Barons  avec Alejandro Jodorowsky. J’aime la génération Métal Hurlant.

Il y a combien d’heures de travail pour une telle sculpture ?

C’est ma plus grosse pièce et surtout ma première. J’ai donc mis six à dix mois. Mais je suis capable désormais de réaliser une sculpture correcte en deux mois.

Et cette pièce ?

Ce n’est pas du tilleul mais du peuplier. Je l’ai travaillé quand il n’était pas sec. Il y a donc quelques petites aspérités dans le détail. C’est un peu sale… Mais au final j’aime ce côté cru du côté machine. J’ai commencé par le côté humain. Comme je travaille pas la symétrie, je fais des doubles faces. J’aime les gueules cassées.

Ce bois est intéressant car il était pourri de l’intérieur.  Une fois poncé, je l’ai gratté avec mon doigt et cela correspondait à l’ossature du visage. Ce côté squelettique me plait.

Tu sembles très attiré par la science-fiction…

J’en suis assez fan. Tout en la craignant. Et là, en 2020…

On y est !

Totalement. C’est compliqué. Que faire ? 

Fuire au fin fond de la Lozère ?

Ah non ! Je ne veux pas m’enfermer même s’il ressort le côté violent et mécanique de notre condition humaine dans mes sculptures. J’aime les gens.

Pourquoi avoir fait un site Internet ? Pour exposer ?J’ai déjà fait des expositions dans des festivals. Mon travail a aussi séduit Anthony Huihn. Il a m’a demandé de sortir toutes mes pièces pour les exposer. Suite à cette exposition je me suis vu en vivre. Il m’a demandé si j’avais un site Internet ou une carte de visite. Ce que je n’avais pas. Je suis donc en train d’y remédier.


Photographies : Marine Schneider (Facebook)

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