Genré, l’exposition coup de main !

Jî Drû ne se repose jamais. En plus de défendre son projet Western, ce musicien investit dix lieux (onze avec le Centre Culturel Jacques Tati) avec Genré Espace Public, une exposition qui mêle différents arts (photographie, musique et vidéos) et qui a été bâtie avec des jeunes d’Amiens. Hébergé au départ par Cité Carter, ce projet est (et sera) visible dans dix lieux singuliers dont la fonction première n’est pas d’accueillir une manifestation culturelle.
Genré Espace Public donne la paroles aux filles (et aux garçons) et pose des questions (et y répond) sur la place de la femme dans l’espace public.

Pourquoi avoir fait des photographies avec des mains ?
Jî Drû : C’est tout d’abord des photographies de gestes. Nous avons travaillé un peu plus tôt cette année avec des jeunes d’Amiens pour créer un spectacle qui montrait leur vision du féminin dans l’espace public. Nous avons fait, avec Seka Ledoux, fait des films, des photographies et des textes que nous avons enregistrés. Tout devait être présent lors de l’édition du Printemps des Poètes 2020… Le confinement en a décidé autrement.
Avec Cité Carter, qui a monté le projet, nous avons répondu à la demande de la DRAC qui souhaitait avoir des manifestations culturelles ailleurs que dans les lieux culturels habituels.
Nous avons donc trouvé une dizaine de lieux. Dix pour être exact. Onze avec le Centre Culturel Jacques Tati qui est l’exception à la règle. Nous avons repris les photographies, les textes et les films et nous avons monté ce “nouveau” projet. Nous présentons ces gestes de défiance faits par des jeunes filles. Nous les présentons dans des lieux comme un hall de mairie, un supermarché, une auberge de jeunesse ou un hall de collège. A Albert, ce sera une salle polyvalente. Pour Tati, nous sommes dans le hall.
L’idée est de changer l’habitude des gens. Ils doivent fréquenter un nouveau lieu, une bulle faite de ses photos. Moi j’interviens sur ce que je vois… Notamment sur l’écran qui permet de faire des ombres chinoises. Nous pouvons aussi faire des tirages des photographies prises sur le moment.

Jî Drû
(c) Louis Teyssedou



C’est la première fois que tu joues de la musique dans un… supermarché ?
C’est la première fois. Je suis parti de chez moi une feuille de route où je lis “Intermarché – Beauvais”. C’était une expérience surréaliste. J’étais dans un lieu de consommation installé en face d’un coiffeur qui avaient des photographies de femmes très normées. Tout le contraire de ce que je propose avec Sekou. Et il y avait une brasserie qui accueillait une réunion des candidates à Miss Picardie.
Les réactions étaient aussi surréalistes. Des gens t’interpellent et te disent merci. D’autres ne te voient pas et continuent de faire leurs courses

As-tu des réactions négatives ?
Non. Mais des réactions ironiques. Nous avons une bande-son qui passe des injonctions faites aux femmes : “Mange moins ! Ta jupe est au trop courte !”.
On a eu des blagues “Ma femme est bonne”. Mais très peu au final. Et tant mieux ! Les gens qui te disent ça se sauvent. Il n’y a aucune discussion… Ces gens fuient. Et pour moi c’est super. Ceux sont ces gens qui sont visés.

Jî Drû
(c) Louis Teyssedou


Tu savais, avec Seka, la forme définitive de ce projet ?
Non. Les jeunes ont été forces de proposition. On a fait de la MAO avec les jeunes et je ne fais pas de flûte pendant le spectacle. Je fais uniquement de la flûte pour ces installations. C’est aussi un peu militant. La flûte est un instrument féminin. J’ai eu des blagues du type “C’est un instrument pour les tapettes.” C’est la blague qui revient….

Et vous restez combien de jours en résidence à Tati ?
Nous allons resté quelques jours et faire un petit spectacle pour le rendu de fin de résidence.

Tu étais prêt aux paroles que tu as recueillies ?
La parole était assez libre et ils ont été très loin. Les jeunes ont fait un film sur le maquillage. Ils ont imaginé un film où le maquillage disparaît d’un visage à cause de la pluie. C’est un jeune et non une jeune qui a joué le rôle.
Par rapport à notre point de départ, qui était le féminin dans l’espace public, c’est fantastique.
Nous sommes partis d’une thèse qui évoque le masculin dans l’espace public notamment dans les quartiers. Tout est fait pour les garçons. Il y a des stades de football… Beaucoup. Toutes les installations sont faites pour les garçons. Cela inverse le discours “C’est la culture si les filles sortent pas”. C’est surtout que rien ne les invite à sortir. Et si vous faisiez des terrains de hand-ball ? Et si on ré-interprétait l’espace public ? Rien n’existe. Cela pose question.

Pour tou savoir sur l’actualité de Jî Drû, vous pouvez consulter sa page Facebook.
Jî Drû sera en concert dans toute la France et passera le 21 janvier 2021 à La Maison de la Culture d’Amiens.





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