Du rêve à la réalité avec Anne-Claire Giraudet

Faute avouée à moitié pardonnée. Les néophytes du monde de la bande dessinée et de l’illustration ont découvert le travail d’Anne-Claire Giraudet avec son affiche de l’exposition Le 9e art dessine la cathédrale visible dans un nombre certain de rues amiénoises (2020).
Cette affiche fut en effet l’occasion rêvée de découvrir le travail de cette Amiénoise qui offre un échappatoire illustré à l’atmosphère cauchemardesque de l’actualité.
Et évidemment la culpabilité était immense : pourquoi ne pas s’être intéressé(e) plus tôt à cette illustratrice au talent plus que certain ?
Son exposition au Centre Culture Nymphéa (Camon) était donc un prétexte à une rencontre et surtout à une évidence : Anne-Claire Giraudet fait partie de ces personnes qui illuminent discrètement mais sûrement votre quotidien.
Vous ne pourrez pas dire que vous n’étiez pas prévenu(e).

Comment s’est déroulée cette résidence dans ce centre culturel ?

Anne-Claire Giraudet : Ma résidence de création artistique s’est déroulée de septembre à décembre 2021 au Centre Culturel Nymphéa à Camon. J’avais déjà exposé certains de mes travaux dans ce lieu culturel en Septembre 2020. Aurélie Gallois, directrice du Nymphéa, avait beaucoup aimé mon travail et avait eu vent de mon projet de bande dessinée. C’est ainsi qu’elle m’a proposé cette résidence et je lui en suis très reconnaissante !  C’était la première fois que je faisais une résidence artistique et ces 4 mois ce sont très bien déroulés bien que très denses. J’étais vraiment autonome. Il y avait deux axes définis en commun à l’avance mais je pouvais les gérer totalement à ma façon. J’organisais mon temps de travail comme je le souhaitais. Je travaillais 2 jours par semaine au Nymphéa et le reste dans mon atelier chez moi. Ça aura été une expérience très intense mais particulièrement enrichissante. 
L’exposition de restitution de cette résidence est actuellement visible au Centre Nymphéa jusqu’au 27 janvier.

L’enfant intérieur (© Anne-Claire Giraudet)

Cette exposition se décompose en deux parties. La première évoque L’enfant intérieur. Tu peux nous en dire un peu plus sur ce projet.

L’Enfant Intérieur était à l’origine mon projet de fin d’étude du DU Bande dessinée que j’ai passé à Amiens en 2017. Ce récit onirique est une quête introspective qui aborde une thématique universelle : la découverte et l’exploration de son intériorité afin d’accepter son Moi profond, sa part d’ombre et ses blessures inconscientes. C’est un projet très personnel, inspiré de mes propres rêves et cauchemars. Il me tient à vraiment cœur et j’ai toujours souhaité le continuer. Cette résidence était donc pour moi une formidable opportunité. J’ai donc pu le reprendre complètement à la base, retravailler le scénario, cerner plus précisément la problématique et mon propos puis définir la structure du récit. J’ai ensuite réalisé 22 planches en crayonné puis 13 d’entre elle ont été faites dans leur version définitive à l’aquarelle. J’ai ensuite colorisé 2 des planches par ordinateur. Suite à ça j’ai réalisé un dossier compilant une grande partie de tous ces éléments dans l’optique de le présenter à des maisons d’éditions afin d’essayer peut être de faire publier cette bande dessinée. En effet les 22 planches ne représentent qu’une petite partie du projet que j’envisage au final sur 150 pages. Dans l’exposition, vous pourrez retrouver une partie des planches, des étapes de travail et des illustrations de recherche. 

Je me suis rendu compte de l’énorme travail et implication que nécessite un projet de bande dessinée où l’ont souhaite faire le scénario, le dessin et la couleur par soi même. Je n’aurais surement jamais trouvé le temps de me concentrer exclusivement dessus sans l’opportunité de cette résidence rémunérée. J’ai vraiment réalisé l’importance capitale de ce type de dispositifs pour la création artistique.

La seconde partie met en avant le travail que tu as fait avec l’antenne d’Emmaüs d’Amiens. C’est dans tes habitudes de collaborer dans ton travail ?

L’objectif global de cette partie de la résidence était de permettre à des bénévoles ou compagnons d’Emmaüs de raconter une tranche de leur vie en bande dessinée par le biais de 4 ateliers de 2h puis de réaliser ensembles un rendu final de notre choix. 
En soit dans le domaine de la bande dessinée, on collabore souvent avec d’autres personnes, scénaristes, dessinateurs, maisons d’éditions, structures, commanditaires etc. Et comme beaucoup d’artistes-auteurs, je donne également régulièrement des ateliers artistiques, surtout bande dessinée, dans divers lieux comme des écoles, centres culturels, bibliothèques mais aussi centres pénitentiaires ou structures sociales. J’ai donc déjà eu l’occasion de transmettre auprès de publics très divers. Mais la spécificité du projet avec Emmaüs, c’est qu’il consistait à donner des ateliers dans l’optique d’une création collective. Le résultat final a donc été conçu tout autant par moi que par les participants aux ateliers et c’était quelque chose de complètement nouveau pour moi. Au départ c’était assez déroutant et complexe d’établir la bonne méthode à suivre pour laisser la place aux participants de s’exprimer librement tout en trouvant la mienne. Ça s’est élaboré au fur et à mesure des discussions avec les participants.

Comment as-tu travaillé avec Emmaüs ? Comment ont été prises les décisions ?

Le rendu final de ces rencontres a pris un certain temps à s’établir et s’est construit au fur et à mesure des ateliers et des discussions avec les 3 participants (2 compagnons et une bénévole).
L’idée a donc été d’amener les participants à sélectionner une histoire de vie personnelle et importante pour eux à adapter ensuite en bd en 1 ou 2 planches. Les participants ont réalisé avec mon aide, un autoportrait, des recherches graphiques et un story-board. Je me suis ensuite chargée de réaliser les planches dans leur version définitive.
Concernant le rendu final, il m’a semblé qu’il était bien plus pertinent de faire une revue pour mettre en valeur de la bande dessinée. En effet c’est dans ce format là que la bande dessinée prend tout son sens, bien plus que par le biais d’une exposition. L’ensemble des créations des participants et les miennes ont donc été compilées dans une revue imprimée en une centaine d’exemplaires. Et elles sont également toutes visibles dans l’exposition de restitution au Nymphéa. 
Etant donné que j’allais réaliser des planches sur une tranche de leur vie personnelle, leur point de vue, accord et validation étaient essentiels. Les participants ont été très touchés par la réalisation de ces portraits et planches et les ateliers leur ont vraiment donné ou redonner le goût du dessin ou de l’écriture. De mon côté j’ai été ravie de participer à ce projet et de rencontrer Mireille, Françoise et Didier. Il est toujours particulièrement enrichissant de découvrir des parcours de vie très différent du notre et de mélanger les sphères sociales et culturelles. La bande dessinée facilite vraiment les échanges, le dialogue et les rencontre spécifiquement dans le domaine du social et avec un public adulte qui peut parfois être un peu en retrait. Il y a un aspect ludique dans ces ateliers qui finalement amène à aborder des choses plus en profondeur. J’ai été heureuse de pouvoir valoriser ces parcours de vie.

Emmaüs / Mireille (© Anne-Claire Giraudet)


Est-ce que ces deux parties sont liées ?

Je dirais que le lien entre ces deux parties est la volonté d’exprimer des choses personnelles, intimes, par le biais du dessin et de la bande dessinée. Les compagnons et bénévoles d’Emmaüs ont pu parler d’une partie de leur vie, de leur sensibilité, ce que j’ai également fait dans ma propre bande dessiné par le biais du rêve et de sa symbolique. 

Top 05 Amiénois


01 – Ta rue amiénoise favorite ?

Ce n’est pas très original mais ce sont les rues du quartier St-leu, notamment la place Aristide Briand qui a beaucoup de charme. C’est quand j’ai vu ce quartier lors de mon entretien de Master à Amiens que j’ai eu un coup de cœur pour la ville. 

02 – L’endroit amiénois où personne ne te soupçonne d’aller ?

J’ai beau chercher, je ne vois pas quoi répondre !

03 – L’endroit amiénois où tout le monde va.. sauf toi ?

Les bars de place du don et ceux de la rue St-leu également.

04 – Le détail (maison, banc, trottoir) que personne ne voit dans Amiens sauf toi ?

Je ne sais pas si personne ne le voit, mais il y a une sorte de succession de cours intérieures dans le quartier saint leu entre la rue d’Engoulevent et la rue des Marissons qui m’a toujours plu. Ce n’est pas très entretenu, il y a pleins de plantes qui poussent, ça donne du charme à ce recoin un peu caché.

05 – La chanson qui symbolise Amiens ?

En arrivant sur Amiens j’écoutais beaucoup l’album Yellow House de Grizzly Bear. Leur musique se mariait bien avec la mélancolie de la ville. Quand je réécoute cet album, je pense toujours à Amiens.  

Pour tout savoir (et suivre) le travail d’Anne-Claire Giraudet, c’est par ici.

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