Duhoo dans les labos

L’auteur Jean-Yves Duhoo pose ses valises et ses crayons à Amiens pour une résidence organisée le Service Culture et Création de l’UPJV. Il se lance à l’assaut des laboratoires scientifiques de l’université d’Amiens pour réaliser un travail de vulgarisation au long cours et pour organiser une exposition avec le FRAC Picardie.

Quelle est la raison de votre venue à Amiens ?
Je viens pour une résidence organisée par le Service Culture et Création de l’UPJV.
D’habitude, les artistes qui font des résidences ne sont pas issus du monde de la bande dessinée. On va retrouver des gens qui viennent de la poésie, de l’art contemporain, de la danse… Ça consiste, en partie, à animer des ateliers avec des étudiants. 
Ma résidence est un peu différente. Elle a pour thème les laboratoires scientifiques de l’UPJV et leur communication. J’ai été choisi car mon travail porte sur la vulgarisation scientifique. J’ai proposé un projet de journal mural grand format. C’est un journal.. mais au format de l’affiche. Dans ce journal, il y aura un côté généraliste et un côté très axé sur l’université et ses laboratoires. Mais je peux aussi parler de l’histoire d’Amiens, de l’archéologie ou encore de la vie étudiante… Ça va concerner Amiens et toutes les antennes de l’UPJV.
Il faut donc que je dessine, que j’écrive et que j’y associe des chercheurs, des étudiants. 
Je vais faire ce que je sais faire : faire parler les gens et faire de la vulgarisation scientifique.

Aujourd’hui vous étiez dans un laboratoire du C.H.U. d’Amiens. Comment s’est opéré ce choix ?
Avec Vanessa Vasset et Justin Wadlow de l’UPJV, on a regardé la liste de tous les laboratoires. Il y en a 36 en tout, et nous en avons choisi une vingtaine. Le choix a été fait, entre autres, selon des critères de dessin : l’intérêt visuel, et sur le fait que chaque laboratoire soit différent des autres et identifiable. J’espère pouvoir tous les visiter. 

J’ai également rencontré l’administration de l’UPJV, notamment Mohammed Benlahsen son président et Virginie Le Men sa vice-présidente à la Vie Étudiante. Ils ont une vision globale de l’Université et ils peuvent éclairer mes choix.

L’observatoire du temps / Dans le secret des labos © Jean-Yves Duhoo

Les 20 pourraient être retenus ?
Oui. C’est un programme assez ambitieux. Il s’agit de gens passionnés, passionnants. Il faut donc que je cloisonne chaque rencontre car chaque scientifique peut nous entraîner assez loin dans son univers. Il faut donc que mon travail soit organisé et rigoureux. Je classe, j’organise mes photos et mes notes pour éviter de me retrouver avec une tonne de documents épars dans mon atelier, après.

Tu vas donc travailler dans ton atelier ? Où se situe-t-il ? Peux-tu nous le décrire ? Cette résidence, cette somme de travail vont-elles t’imposer des nouvelles méthodes de travail ?
Oui, je travaille dans un atelier partagé, à Paris dans le quartier République. Nous sommes plusieurs à occuper ce lieu, certains travaillent dans l’édition, la traduction, le scénario, l’illustration ou le graphisme… nous sommes tous indépendants, chacun a ses horaires, il y a des moments où on travaille seul, parfois on est deux, et parfois six ou sept en même temps. C’est une sorte d’espace de coworking, il y a une bonne ambiance et c’est important de partager un lieu de travail, d’échanger, de confronter ses idées et des informations. Sinon on tourne en rond ! 
En ce moment je n’y suis pas trop, je passe mon temps à Amiens et dans les trains ! Mais le travail du journal, le dessin, les textes et la mise en page, je ferai tout ça à l’atelier.

Non, je ne vais pas changer de méthode de travail, je vais travailler comme d’habitude, avec ma plume, mon encre et mon ordinateur pour organiser tout ça.

Quel laboratoire avez-vous rencontré aujourd’hui ?
Le GRAMPF,  le Groupe de Recherches sur l’Analyse Multimodale de la Fonction Cérébrale
C’est un laboratoire qui travaille sur le cerveau du jeune enfant et du bébé prématuré. Ils enregistrent les signaux cérébraux et analysent la part de l’inné et de l’acquis, dans le domaine du langage, de la reconnaissance des images, entre autres… Rares sont les laboratoires dans le monde qui travaillent sur ce sujet.

Quel sera le laboratoire de demain ?
Les rendez-vous se multiplient. Il va y avoir des rencontres au pôle santé, au pôle sciences et au pôle sciences humaines. La liste des laboratoires est assez longue.  
Si j’en prends un au hasard.. Le CRIISEA ! Il s’agit du Centre de Recherche sur les Institutions, l’Industrie et les Systèmes Économiques d’Amiens. C’est totalement neuf pour moi. Je n’y connais rien. Mais ce type de rencontre est passionnant. 

Combien de temps dure la résidence ?
Elle dure quatre mois, de janvier à avril 2022, avec un journal prévu tous les quinze jours.

Il s’agit de votre première résidence ?
Oui, c’est la première fois. C’est assez rare en bande dessinée. 
Je n’avais jamais recherché ça auparavant. Je ne connais d’ailleurs personne dans mon entourage professionnel qui ait fait une résidence.

Comment s’est faite cette rencontre avec l’UPJV ?
C’est Justin Wadlow qui m’en a parlé. J’étais en contact avec lui car j’avais donné des cours de bande dessinée à l’UFR en 2016, 2017 et 2018 et j’étais en lien avec son prédécesseur, Boris Eizykman. J’avais eu un très bon contact avec les étudiants. Amiens possède une belle dynamique en matière de bande dessinée avec son festival, sa maison d’édition. J’aime bien donner de temps en temps des cours. Cela me sort de mon milieu et me permet de rencontrer des gens plus jeunes qui ont des références différentes des miennes. C’est d’ailleurs une sorte de décrassage assez nécessaire.

Votre venue se concentre uniquement sur cette résidence ?
Non, il y a des événements annexes, comme le festival Média’ttitudes organisé par l’UPJV. Il y a eu plusieurs intervenants comme Étienne Klein, Laurent de Wilde, Agnès Vernet… Ce festival avait pour thème le journalisme scientifique.
Il y a, aussi, en parallèle, une exposition que j’organise avec le FRAC Picardie. Celle-ci va avoir lieu en février et mars 2022 à l’Espace Camille Claudel, une très belle salle.
Le FRAC possède une grande collection de dessins.  Je connais l’art contemporain mais… je ne connais pas tout. Je fais donc mes choix à l’instinct en arpentant le fonds du FRAC, qui est d’une grande richesse… Je découvre de nouveaux dessins à chaque visite.
L’exposition commence d’ailleurs à me ressembler, je me rends compte que j’ai choisi beaucoup de dessins en noir et blanc. Je sélectionne, je choisis et j’écris un texte pour chaque dessin sélectionné. Et puis dans l’art contemporain on peut aussi trouver des correspondances et des dialogues avec un art appliqué comme la bande dessinée !

Dans le secret des labos de Jean-Yves Duhoo est disponible aux Éditions Dupuis.

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