Easy avec Choisy

Les Mots de Taj est un documentaire réalisé par Dominique Choisy, et qui retrace le parcours “à l’envers” de Tajamul, ancien mineur isolé étranger, d’Amiens jusqu’à Kaboul.
Les Mots de Taj est un grand film documentaire qui est une ode à l’humanité et à l’intelligence.
Les Mots de Taj est le film de l’année 2021 et sera le film de 2022.
Allez voir Les Mots de Taj. OK ?

Quelle question aimerais-tu qu’on te pose sur ce film ?
Dominique Choisy : En quoi c’est un film politique !
La société se pose beaucoup de questions en ce moment sur l’accueil des réfugiés. Mais tout me semble totalement dissocié du politique.
On ne se pose pas la question de savoir pourquoi les partis politiques évoquent la migration uniquement à travers le prisme de la peur. Tout est fait pour que les gens s’enferment chez eux: dormez tranquille, nous gérons la sécurité. Et ayez peur, pendant que nous nous enrichissons sur cette peur.
La vacance du politique sur cette question est effrayante, et faire de la migration la seule question qui vaille est un leurre.
Mais quand le politique parle-t-il de culture ? Ou d’éducation ? Ou de santé ?

Tu évoques la politique. Mais ton film est politique avec un P Majuscule. Que fait-on ensemble ? Tu dépasses l’horizon habituel.
La question posée par le film est liée à l’ avenir. Que fait-on tous ensemble ?
Se dire que cela pourrait m’arriver à moi est la pire raison pour adhérer au film. Il faut éviter l’explosion. C’est comme pour l’architecture. Quand un tremblement de terre arrive, ce sont les immeubles aux fondations les plus souples qui tiennent le choc. Il faut donc être moins rigide et répondre à cette question : “Que fait-on ensemble ?” La différence est une richesse. Le politique doit s’emparer de cette question et montrer la migration comme une addition, comme un plus pour chacun d’entre nous.

Taj a-t-il été transformé par le film ?
Taj devient très… politique, justement. Il se rend compte que faire entendre cette voix, celle des réfugiés, ce n’est pas habituel.
Il est en action. Beaucoup de réfugiés le remercient car sa voix leur donne de la visibilité. 

Il a eu des retours de réfugiés ? 
Beaucoup !
Il a été en service civique à la Préfecture d’Ile de France. Lors de son premier jour, il a été le médiateur lors d’une évacuation de 3000 personnes qui devaient être “mises à l’abris”.
Ce jour-là, il a compris que le problème était, entre autres,  la langue. Les gens ne se comprennent tout simplement pas. Les problèmes viennent des deux côtés. C’est difficile de saisir qui sont les Français ? Quelle est leur culture ? Quels sont leurs us et coutumes ?
Il a donc décidé de créer une radio faites par les réfugiés pour les réfugiés, afin que chacun comprenne qui est devant lui, et comment l’autre fonctionne, de quoi il est fait.
Il veut faire une radio où toutes les nationalités seraient représentées.
Il pense aussi à des maisons des réfugiés. Il se rend compte que si nous continuons comme nous faisons, on va dans le mur. 
Alors que c’est le sens de l’histoire. La migration politique, économique, le réchauffement climatique, tout cela nous lie, qu’on le veuille ou non. Il faut donc une écoute, puis une réponse politique.

Cette mission, ses actes découlent du film. Il est, en plus, capable de porter tout cela.
Il étudie à Paris à l’INALCO et fait cela en parallèle. Il veut faire comprendre à tous les réfugiés qui sont en France, d’où qu’ils viennent, qu’ils doivent parler d’une même voix. Ils sont les Éxilés de France.

Et toi ? Est-ce que le film t’a changé ?
Tout cela change ma vision du cinéma. Ce film a changé ma pratique et je crois que je ne pourrais plus faire de film comme avant… Avec ma production, La Voie Lactée, nous portons et distribuons le film nous-mêmes… C’est nouveau pour nous.
L’époque où tu faisais ton film, tu rangeais ta caméra et tu confiais ton travail à un distributeur est révolue, je crois…
Je suis convaincu, avec ma production, qu’il fallait aller chercher les salles, le public, sur le long terme. C’est facile de réduire au silence de nouveau la voix de Taj. Car elle peut… gratter. Je veux donc porter le film, je veux aller à la rencontre des gens.

C’est assez épuisant… Mais j’adore ça. 

Et attention, si on ne fait pas cette démarche, un pan du cinéma va disparaître. Le monde change et il faut changer notre pratique. Est-ce grave de diffuser un film dans une salle 72 semaines après sa sortie nationale ? Je ne crois pas. Il faut créer de nouvelles choses, se poser des questions de cinéma. 

Il y a une nouvelle génération.. 
Tout à fait. Il faut avoir confiance dans cette nouvelle génération. Ils vont trouver de nouvelles choses. Ils feront une révolution. Mais pas comme nous en 68 en cassant des vitres.
Leur terrain de jeux, c’est le monde, il vont agir en fonction.

Le monde, c’est le local sans le mur.
C’est tout à fait ça. Il faut prendre du recul. Il faut raconter l’humanité car cela permet de donner du sens. Notre monde risque l’explosion, mais il y a des initiatives qui naissent partout qui donnent à espérer malgré tout.
Le cinéma doit donner des clefs de compréhension du monde, doit donner du sens à cette humanité qui est en train de perdre son essence.

Pour suivre l’actualité Les Mots de Taj, rendez-vous sur la page Facebook du film.
Les Mots de Taj sera projeté au Ciné St-Leu les
lundi 07 février 2022 à 20h30
lundi 14 février 2022 à 18h30,
lundi 21 février 2022 à 16h00
lundi 28 février 2022 à 18h30

Les Mots de Taj - film 2021 : les séances, le synopsis, les photos et les  bandes-annonces du film, le casting…
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