L’amour comme au cinéma

Dans le cadre de La Nuit de la Lecture organisée à Amiens par la bibliothèque Louis Aragon (avec le soutien de l’association On a marché sur la bulle), Philippe Guedj est venu évoquer l’amour au cinéma le temps d’une conférence autour de son beau livre Propos sur l’amour au cinéma co-écrit avec le journaliste Vincent Thabourey.

Ma première question sera d’une simplicité désarmante : que vient faire Philippe Guedj un samedi après-midi à la bibliothèque Louis Aragon ?
Philippe Guedj : On m’a très gentiment demandé de venir présenter le livre Propos sur l’amour au cinéma que j’ai co-écrit avec Vincent Thabourey. Vincent est journaliste et analyse des films dans la revue Positif. L’éditrice souhaitait que la chose se fasse autour d’un dialogue. Le livre est donc un dialogue, qui a été retravaillé à la marge, car l’éditrice souhaitait garder l’idée de la discussion. C’est au final une transcription de notre échange qui a eu lieu à Arles.

Et comment avez-vous connu Vincent Thabourey ?
À Arles. Nous ne nous étions jamais vus avant cette rencontre. Nous avions échangé tout de même avant au téléphone, notamment pour le choix des films.

Comment ont- été choisis ces films ?
Nous avions fait chacun une liste d’une vingtaine de films. Une dizaine figurait sur les deux listes. Nous en avons gardé quatre ou cinq. L’idée était de garder des films d’une qualité particulière. Nous avons privilégié le style et au final assez peu grand public. Et ils sont assez tragiques au final. Je me suis rendu compte de cela il y a deux jours.
La mise en scène a aussi un critère de choix important.

Aucun film n’a suscité un débat pour sa présence ?
Nous étions d’accord sur chacun des films présents dans le livre. Après, chacun a sa vision du film. Lui est journaliste, moi je suis médecin. Ce n’est pas mon métier de parler de cinéma.
Mais le thème de l’amour fait partie de mon métier. Je suis psychothérapeute et bon nombre de mes patients viennent me voir pour une raison liée à l’amour. Et puis, il y a moi. Je suis un être qui aime. Comme tout le monde.
J’ai donc pas mal travaillé pour cette rencontre avec Vincent Thabourey. La Nuit de Michelangelo Antonioni figure dans le livre; j’ai revu tous les films de ce réalisateur avant de pouvoir en parler. Je voulais être cohérent.
Il en va de même pour Léo Carax. C’est un exercice très intéressant car il permet de dégager des thématiques.

Quelles sont-elles ?
Chez Antonioni, l’idée récurrente est l’incommunicabilité des êtres. C’est aussi la solitude, l’impossible rencontre des êtres et surtout l’ennui qui touche à la folie comme dans Le Désert Rouge.Antonioni m’intéresse par son cadrage. L’image est sublime. On évoque aussi rapidement Woody Allen avec son film La rose pourpre du Caire. Là encore, c’est très intéressant. Et c’est la seule comédie.

Sur la route de Madison de Clint Eastwood a visiblement une place à part dans le livre ?
C’est le seul film “grand public”. Clint Eastwood est plutôt habitué à traiter le héros masculin, la guerre…. Et ces films sont très genrés. Sur la route de Madison est un film superbe, émotionnellement très fort. Il est intéressant car on parle de lettres écrites. La lettre est un scénario pour le film. La lettre d’amour est quelque chose d’important aussi. Chez Goethe, la correspondance est très importante dans l’amour.


Je suis très intéressé par la littérature. Ce film nous permet d’évoquer cela. Et puis, il y a Meryl Streep. L’amour des films passe aussi pour l’intérêt que l’on a pour les acteurs. Je trouve Meryl Streep superbe, en tant que femme et en tant qu’actrice. C’est évidemment le côté Hollywood même si les stars sont un peu moins “stars” qu’auparavant. Meryl Streep permet d’évoquer la photogénie car l’amour est aussi lié à la beauté. Ce n’est pas quelque chose de neuf de dire cela, Platon évoquait déjà l’importance de la beauté dans l’amour. Notre rapport à la beauté nous fait donc aimer des films.

Nous sommes aujourd’hui dans une bibliothèque. Je me suis demandé quelle était votre relation à la bibliothèque ?
J’ai déjà une grande bibliothèque chez moi ! J’ai beaucoup de DVD, de livres et je collectionne les disques.
Je viens ici car j’emprunte beaucoup de DVD et je viens aussi pour les livres. Venir à la bibliothèque, c’est venir faire des découvertes. C’est découvrir une image, une pochette et se laisser s’embarquer dedans.
Je viens aussi pour les disques. J’ai découvert récemment, grâce à mes prêts, de la musique japonaise. Cela m’a donné envie d’aller un peu plus loin.
La bibliothèque est un lieu où on récolte de la culture. C’est le Gai Savoir comme dit Nietzsche. La culture est très vivante, elle permet de définir les êtres. Dis moi ce que tu aimes, je te dirai qui tu es.
La bibliothèque n’a pas ce côté muséal qu’on peut parfois lui prêter. Elle permet de faire vivre la culture. Il en va de même pour le cinéma. J’aime bien aller au cinéma avec quelqu’un pour discuter du film après la séance. La culture, c’est avant tout le partage.

TOP 05 AMIENOIS

01 – Votre rue amiénoise préférée ?
J’aime beaucoup les rues de Saint-Leu. Et le quartier qui borde la cathédrale.
Je ne suis pas religieux (quoique peut-être d’une certaine façon) mais je connais bien la cathédrale.
Je vais aussi répondre le quartier Sainte-Anne car c’est mon quartier.

02 – Le détail architectural que vous seul aimez Amiens ?
Le petit bas-relief de la cathédrale qui traite de Jonas et de la baleine. C’est un thème rarement évoqué dans les églises ou les cathédrales. Pour dire les choses simplement, l’histoire de Jonas permet d’évoquer le passage de l’ombre à la lumière. C’est comme dans l’amour.
Je pense que je ne suis pas le seul à aimer ce bas-relief. Mais j’aime m’assoir devant et le regarder.

03 – Dans quel endroit d’Amiens n’êtes vous jamais allé ?
Je circule pas mal dans Amiens… La Tour Perret ! J’aimerais bien voir l’intérieur des appartements et admirer Amiens du haut de cette tour.

04 – La chanson qui symbolise Amiens ?
C’est difficile… Je ne vois pas le rapport mais je vais dire Les Feuilles Mortes. Amiens est peut-être une ville que j’associe inconsciemment à l’automne.



05 – Le cinéaste que vous aimeriez inviter pour filmer Amiens ?
C’est un cinéaste peu connu, Weerasethakul. Il a une manière de filmer les choses pour en ressortir des choses inconnues formidables.

Propos sur l’amour au cinéma de Philippe Guedj et de Vincent Thabourey est disponible aux éditions L’art-Dit.

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