Il n’y a que Mobilaine qui maille !

Et si Amiens n’en avait pas terminé avec le textile ? Un peu moins de dix ans après la fermeture de l’usine Cosserat, le monde textile amiénois bruisse et semble s’offrir une seconde. Il y a le CIT Dessaint, toujours vaillant et désormais Mobilaine, la boutique ambulante de l’Amiénoise Élodie Leflot.

L’interview

Qu’est-ce que Mobilaine ?
Élodie Leflot : Mobilaine, c’est d’abord l’histoire d’une grande envie de changement. Cette idée m’est apparue lors du premier confinement, à un moment où le long fleuve tranquille est devenu plus turbulent. L’occasion de me demander : et pourquoi pas ?
Mobilaine, c’est ensuite mon camion. Adopté puis soigneusement retapé par mon mari et mon père pendant 9 mois. Une sacrée aventure dont je me souviendrai toute ma vie, de part l’investissement créatif, physique et financier de mes proches et moi-même mais aussi la fierté de mener à terme, ce projet, mon projet.
Aujourd’hui, Mobilaine est une véritable boutique sur roues de presque 9m2, ce que j’appelle une Lainerie ou plus génériquement une mercerie ambulante.

Que va t-on trouver dans ton camion ?
J’ai vraiment souhaité proposer majoritairement du fil à tricoter. J’ai sélectionné des marques moins connues, avec une bonne traçabilité, des fils GOTS pour la majorité, français et européens. Je teints moi-même de la laine  avec des pigments sans métaux lourds et avec des plantes. J’ai créé la marque Mobilaine qui représente mon travail de teinture mais aussi de petites collections éphémères d’accessoires, textiles etc.
Il y a bien évidemment des aiguilles à tricoter. Droites, circulaires, fixes et interchangeables ainsi que le petit matériel indispensable ou petits gadgets astucieux ! Sensible aux matières éco-responsables, je propose aussi des coupons de tissus Oeko-tex, de marques et créateurs français. Au milieu de cet univers laineux, une collection iconographique ancienne liée aux arts du fil s’est créée au fil des mois de travaux et je tenais énormément à proposer ces photos qui ancrent dans le présent ces traditions si précieuses. Mon mari, collectionneur de collections… est à l’origine de ce petit fond photographique et déniche ces photos, disponible à la vente.  

Pourquoi avoir opté pour une boutique mobile ?
Je suis complètement consciente de la fragilité des commerces, d’autant plus depuis cette fabuleuse expérience de la pandémie et ses conséquences économiques… il était impensable de me lancer dans une boutique en dur. L’itinérance impliquant assurément moins de risques, c’était donc le meilleur compromis pour me lancer durant cette période chaotique. L’idée d’indépendance est aussi très importante pour moi. Si je dépends,  malgré tout, d’un système réglementé et codifié, j’ai le sentiment de mener ma propre barque. Puis, franchement, je ressens une grande fierté d’être capitaine de mon navire, capable de le mener où bon me semble !

D’où te vient cette passion pour la laine ?
Cette passion est née d’un croisement familial. Ma mère fait partie de cette génération qui apprenait encore à l’école les travaux d’aiguilles. Je l’ai donc toujours vu une aiguille sous le bras avec un tricot en cours… J’ai commencé à tricoter il y a une dizaine d’années, comme une thérapie et avec l’envie de prendre part à cette tradition. Mon père a participé à l’histoire du velours Cosserat en y exerçant le métier de responsable qualité textile. J’ai toujours vu son mouvement de main palper un tissu, le geste de le froisser légèrement pour en évaluer sa texture, sa résistance en testant son élasticité. J’ai donc développé une addiction pour le tissu que créé le tricotage de la laine, plus organique qu’un coton tissé, plus versatile encore qu’un tissu végétal. La laine est pour moi plus qu’un matériau, c’est un lien entre le passé et le présent. 

Quelles sont tes appréhensions face à cette première semaine ?
Devoir arrêter pour raisons sanitaires ! Je crois bien ne pas avoir tant d’appréhension que ça et, ceux qui me connaissent penseront à une blague… Même la conduite ne me tracasse pas…on en reparle !Mais j’ai la sensation d’être enfin à ma place, au milieu de ces pelotes et écheveaux. 

Le Top 5

01 – Ta rue amiénoise préférée ?
 La rue Porion, une rue ancienne, en pierres blanches, très lumineuse. 

02 – Le détail amiénois que tu aimes le plus ?
Lever les yeux dans la rue et tomber nez à nez, à chaque fois, sur un détail surprenant de façade, de balcon, de toiture, de sculpture. 

03 – La rue que personne ne te soupçonne d’aimer ?
Avenue de la Sagesse !

04 – L’endroit, la rue à Amiens… où tu n’as jamais mis les pieds ?
La rue du soulier de satin

05 – La chanson qui symbolise Amiens ?
 Chez Laurette de Michel Depech.. un peu nostalgique, un peu désuète mais très attachante. 

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