Les absents ont toujours raison.

Emilie Gévart, c’est du théâtre avec la Compagnie du Poulailler.
Emile Gévart, c’est aussi de la littérature avec son nouveau roman, Les Absents.
Emilie Gévart, c’est plus que formidable au théâtre. Et en toute logique, c’est plus que formidable en littérature.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Quand est né ce deuxième roman ? Je n’écris pas second car on en espère un troisième.
Emilie Gevart : Tu as raison, je finis le troisième en ce moment… D’ailleurs ce n’est pas véritablement le troisième car j’en ai un ou deux autres dans mes tiroirs.J’ai l’air d’écrire beaucoup mais en fait, je suis quelqu’un de lent, j’aime prendre mon temps. J’écris dans les interstices d’une vie plutôt bien remplie, faut dire aussi. Donc j’ai traîné mes guêtres un bon moment avec Céleste… Le roman a commencé en 2017, et j’en ai achevé l’écriture en 2019. Je disais que je suis lente, mais ce n’est pas tout à fait vrai. J’écris vite, dans le moment de l’écriture, mais je retravaille pas mal après. 

Qui est Céleste, l’héroïne de ce livre ?
A première vue, Céleste n’a pas grand-chose d’héroïque, c’est plutôt une paumée… Une jeune femme qui cherche sa place dans un monde qui lui en laisse peu. Elle est très libre, n’en fait qu’à sa tête et fait pas mal de conneries. Elle subit beaucoup aussi, donne parfois l’impression de ne rien maîtriser de son existence. C’est un personnage assez indomptable. Je veux dire, de mon point de vue. Elle ne s’est pas du tout comportée comme je l’espérais, et c’est tant mieux ! Sinon, le roman aurait été plus sage et plus chiant. Céleste n’est pas sage, n’a pas vraiment de leçon de vie à délivrer. Mais finalement, c’est quand même une héroïne du quotidien, je crois.  En tant que femme, se battre pour exister, c’est un combat honorable.

Elle évolue dans un cadre qui nous est familier.. Le Santerre, le Nord… Pourquoi ne pas avoir ancré l’action dans le Sud ?
Parce qu’il n’y pleut pas assez… Je plaisante, mais c’est un peu l’humeur du roman. C’est un ancrage fort, aussi, de ma part. Elle évolue entre Lille, Péronne et Valenciennes. Trois endroits où j’ai moi-même vécu. La racine, c’est le Hainaut valenciennois d’où je viens. J’adore le Sud, j’adore partir et en ce moment j’en ai tellement envie… Mais je suis finalement attachée à ce terreau. Comme Céleste était très anarchique, j’avais aussi besoin de lui donner un cadre que je maîtrisais un peu. Sinon elle m’aurait carrément égarée. 

C’est un livre qui a été difficile à écrire ? Quelles sont les différences, pour toi, entre les écritures de tes précédents ouvrages ?
Difficile, non, mais parfois douloureux. Il y a dans l’écriture d’un roman quelque chose qui est de l’ordre d’un combat avec soi. Enfin, je parle de ma propre expérience. Je n’aime pas tellement qu’on dise : un roman, c’est ceci, c’est cela. Je suis de celles qui doutent, expérimentent et n’aiment rien tant que se laisser surprendre. Tout l’enjeu “technique”, quand on s’offre une telle liberté et qu’on la donne au personnage par la même occasion, c’est de faire en sorte que ça ne parte pas complètement en live malgré tout, que ça se tienne. C’est un équilibre complexe.Pour chaque livre, le degré de latitude que je me donne est différent. J’écris aussi de la poésie. Ce n’est pas du tout le même espace-temps, le même souffle. Lorsque j’écris pour le théâtre, c’est encore autre chose parce qu’il y a pas mal de contraintes.Si je compare mes deux romans, La peau du personnage et Les Absents, je leur trouve quand même pas mal d’accointances. Deux jeunes femmes, dans le Nord, deux femmes qui doutent… Mais j’ai laissé beaucoup plus de liberté à Céleste (dont le nom de famille est “Blier”, anagramme de libre) qu’à Agnès, l’héroïne de La Peau. La construction est assez différente, aussi. 

Comment pourrait-on résumer ce livre ? Un livre qui croit en l’amour ? Dans les livres ?
Si je dis que c’est un livre qui ne croit en rien, ce n’est pas très vendeur par les temps qui courent… Et ce ne serait pas tout à fait vrai, allez. C’est un livre qui croit en la pluie, c’est un livre qui croit en les vertus de la littérature à convoquer les absents. C’est un livre qui croit surtout en l’écriture, en la faculté de chacun.e à écrire un bout de son chemin.Oui, le roman de Céleste pourrait se résumer ainsi : Une jeune femme cherche sa place dans un monde qui lui en laisse peu. Alors, elle s’invente.

TOP 5

1) Ta rue amiénoise préférée ?
J’aime bien les toutes petites venelles de Saint Leu, j’aime bien la place Marie Sans Chemise à cause de son nom, mais ma rue préférée, c’est la rue Duminy, parce que j’y ai vécu (au 12) de très beaux moments, mes premiers moments de maman surtout, et je suis toujours très émue d’y passer.

2) Le détail à Amiens que tu aimes et que personne ne voit ?
Les mouettes autour de la gare – mais je suis pas la seule à les voir. J’aime capturer des silhouettes aux fenêtres la nuit, aussi…

3) Ton souvenir de théâtre préféré à Amiens ?
Comme je suis de la partie, j’en ai vraiment plein, pas facile de choisir… Mais je vais dire La religieuse, de Diderot, à la MCA, il y a un paquet d’années, dans la petite salle.

4) Ton souvenir préféré de concert à Amiens ?
J’aime bien saisir des instantanés. celui qui me vient, là tout de suite, c’est All of swing, en sortant d’un resto avec mon amoureux et mon gros ventre de huits mois, un été à Saint Leu… 

5) La chanson qui symbolise Amiens ?
A titre perso, Poulailler’s song de Souchon.

Les absents – Le Roman de Céleste d’Émilie Gevart est disponible aux éditions Les Passagères.
La photographie en une est signée David Lemoine

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