Off The Record / On The Ciné St-Leu

Pour fêter ses 30 ans de carrière, Laurent Garnier a confié les clefs de son histoire à Gabin Rivoire.
Au lieu de faire un film sur Laurent Garnier et rien que sur Laurent Garnier, il a pris le soin d’élargir le propos et évoque le parcours du DJ français dans le tourbillon géopolitique des années 80 et des années 90 et à travers l’évolution de la communauté electro.

Comment est venue l’idée de faire un film sur Laurent Garnier ?
Laurent Garnier : Ce n’est pas la mienne !Gabin Rivoire : C’est le fruit d’une longue évolution de notre rencontre.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?
Gabin Rivoire : Nous nous sommes rencontrés grâce  au festival Yeah! qui se tient dans le village de Lourmarin. Laurent l’organise depuis 2013 avec Arthur Durigon et Nicolas Galina. Arthur est un ami d’enfance. Il m’a appelé pour la première édition du festival car il voulait un teaser du festival. Au lieu de faire quatre minutes… Comme j’avais carte blanche, j’ai fait un petit documentaire de 26 minutes avec les festivaliers, les artistes et les gens de Lourmarin. J’ai voulu élargir le propos pour raconter l’ambiance de ce festival. Je ne voulais pas faire quelque chose de classique.
Le documentaire a plu aux organisateurs. Je suis revenu les éditions suivantes et Laurent est venu vers moi pour réaliser le film sur sa carrière.


Et avant, le festival Yeah!, que représente la musique de Laurent Garnier pour toi ?
Laurent Garnier : Il a cherché sur Google…
Gabin Rivoire :  Pas du tout ! Bon, je connaissais de nom, je me rappelais de sa Victoire de la Musique en 1998. Je savais que c’était un DJ connu à la carrière importante. J’avoue que c’était un peu abstrait pour moi. Moi, je suis très Brassens et Doors alors que mes amis ont une culture très electro.
C’est vrai quand Arthur m’a appelé pour me dire qu’il organisait un festival avec Nicolas et Laurent… Je suis allé sur Internet me rafraîchir la mémoire.
Laurent Garnier : C’est ce qui m’a séduit chez lui. 
Gabin Rivoire : Tout c’est fait sur le long terme. Après le Yeah!, je l’ai accompagné en tournée. J’ai lu aussi son livre Electrochoc qui m’a fait me rendre compte que j’étais passé à côté de quelque chose. J’ai filmé Laurent tout en réfléchissant sur la forme probable du documentaire.

Il y aussi un énorme travail sur les images d’archives. Comment avez-vous sélectionné ces images ?
Gabin Rivoire : Laurent m’a confié ses archives. Et comme il archive beaucoup, il y avait beaucoup de choses à trier. En travaillant sur le film, je me suis rendu compte que ce film ne pouvait pas se résumer à un focus sur la carrière de Laurent. Il y avait 30 ans de culture electro à raconter.
Ma femme, Cyrielle Voguet, travaille dans la post-production. Elle m’a beaucoup aidé. Nous avons  travaillé avec l’INA car le travail sur les archives était délicat. Nous souhaitions trouver des archives très précises comme des plans sur des punks dans les rues de Londres au début des années 80. Mais il faut trouver les trois plans dans des reportages de plus d’une heure. 

Laurent Garnier & Gabin Rivoire

Certaines archives ont-elles suscité des débats entre vous deux ?
Laurent Garnier : Aucune archive n’a pas posé de débat négatif. Il y a eu un premier montage… J’ai juste eu des remarques sur ce premier montage car il s’est trouvé que j’avais le recul nécessaire. Eux travaillaient tous les jours sur le film depuis trois mois et avaient la tête dans le guidon. Le travail accompli était immense.
Tu sais, quand tu pars en aventure avec des gens, il faut leur faire confiance. Sinon, ça ne marche pas. J’avais, et j’ai, pleine confiance en Gabin et son travail. Il est venu chez moi et a eu un accès total à mes archives.
J’ai passé quatre ans sur la route avec lui, je sais pourquoi je travaille avec lui.

Il y a des choses que tu avais oubliées ?
Laurent Garnier : Non… J’ai fait digitaline mes archives il y a quelques années. Donc, je sais ce qui existe. Par contre il y a des clichés que je ne connaissais par contre.  C’était assez génial de découvrir certains images comme celles à l’ambassade de France à Londres.

Tu conserves…
Laurent Garnier : Beaucoup. Trop même. C’est une pathologie. J’ai tous les flyers depuis l’Hacienda et tous mes carnets. J’archive beaucoup car il y a un intérêt. Sur le moment, l’intérêt est mince mais 20 ans après, c’est un moment d’histoire qui peut avoir une certaine valeur.

Quelles ont été vos premières impressions lors du premier visionnage d’Off The Record ?
Laurent Garnier : On savait que nous voulions faire un film sur la communauté car sans elle, je n’existe pas. On voulait faire un film avec un côté social et un côté politique. On savait tout cela. 
Gabin a découvert beaucoup de choses et a compris, en travaillant, comment les choses fonctionnaient. Il a interviewé Kerry Chandler pour New-York, un tel pour Chicago, un autre pour Detroit. Il a aussi interviewé Jack Lang pour la Techno Parade. Il y a donc le film et des heures d’enregistrement en stock. On a une interview formidable de Kerry Chandler qui évoque la naissance du disco à New-York, le début des clubs, le Disco Démolition Night. 
Gabin Rivoire : Je lui ai lu le synopsis au téléphone.
Laurent Garnier : Après cela, il m’a envoyé un montage de deux heures. Nous avons travaillé sur celui-ci pour arriver au film d’aujourd’hui. On avait une idée de film et nous l’avons. Je voulais un film avec du ressenti, c’est que j’ai. C’est pour ça que je voulais travailler avec lui. Je voulais l’émotion que je ressens quand je vois les gens du village de Lourmarin évoquaient Jean-Michel Jarre avec en arrière plan un groupe punk qui joue sur la scène du Yeah.

Pour savoir les séances du cinéma Saint-Leu, c’est par ici.

Interview : Louis Teyssedou
Image en une : Photographie Archives Laurent Garnier
Photographie : Louis Teyssedou

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