Arthur H

En déplacement au Safran pour le spectacle Les Oiseaux migrateurs, dans le cadre du festival Safran’chir, Arthur H, l’homme de La Boxeuse amoureuse, a accueilli La Bête dans son antre de quelques instants. Avec neuf autres artistes, réunis à l’initiative de Blaise Merlin (La Voix est libre), il étaient présents pour une soirée d’improvisations unique.


Est-ce que vous pouvez nous parler du projet des Oiseaux migrateurs, comment il est né, comment vous y avez été intégré ?
Blaise aime bien rassembler des musiciens du monde entier, et notamment du monde arabe, et provoquer des rencontres. Et il y a maintenant cinq ans, on avait joué dans une église à Paris, avec Muneim (Rahma), le poète soudanais. C’était une soirée très émouvante, d’échanges poétiques. Donc on a lié des liens. Après moi, quand j’ai fêté mon anniversaire sur scène, j’ai appelé Muneim pour m’accompagner. Et puis là voila, on le refait encore une fois, ça se développe. C’est toujours un peu différent, mais c’est toujours un désir d’échange et de mélanger des univers qui sont très différents.

Muneim Rahma

C’est donc une rencontre de longue date ?
C’est ce que Blaise fait. Il aime mettre en contact des gens qui sont d’horizons différents. Avec beaucoup d’improvisation, des gens qui se lancent dans le vide, qui s’accompagnent. L’idée c’est de provoquer des petits chocs électriques et de sortir de ses habitudes.

Comment est construit le spectacle ? Il y a un message derrière ?
Le message il est plutôt dans le mélange, cette espèce de fête spontanée. C’est un message en soi. Après, quand on l’a fait la première fois, il y avait quelque chose de l’ordre du soutien. Muneim est un poète assez connu au Soudan qui était clairement menacé de mort par les militaires. Il a du s’enfuir en laissant sa famille. C’est un parcours assez difficile parce qu’il faut survivre dans un monde nouveau, qui n’est pas toujours accueillant. Au contraire, qui essaie toujours de te mettre des bâtons dans les roues, de te décourager. Et il ne peut tout simplement pas retourner dans son pays, c’est impossible. Toutes les difficultés qu’il y a à faire venir te famille et construire une nouvelle vie en France. Donc oui, il y avait quelque chose de l’ordre d’un soutien amical.
Et puis j’ai une autre amie, qui devait être là et qui est retournée également au Soudan pour filmer la situation suite au coup d’état perpétré par des militaires, qui sont très très violents, qui sont assez impitoyables et ont commis énormément d’exactions. Elle m’a sensibilisé à la situation là-bas, la transition démocratique qui a eu lieu avec le révolution pacifique de la population, qui d’un coup n’avait plus peur, qui a investi l’espace public. Avec quelque chose de très touchant là bas, une énorme tradition poétique. C’est à dire que la poésie fait vraiment partie de la vie. Non seulement tout le monde connait de longs poèmes, tout le monde peut réciter et chanter. Mais en inventer aussi. C’est à dire que durant cette fameuse révolution douce, il y a des poètes qui ont écrit des épopées sur ce qui se passait et puis les gens les apprenaient par cœur et les récitaient sur le moment. C’est comme si nous, naturellement, on connaissait une quinzaine de poèmes de Victor Hugo qu’on pouvait réciter ensemble comme ça, en faisant la fête. C’est vraiment de cet ordre là. Plus des poètes contemporains. C’est assez touchant, assez beau. Ca apportait dans cette révolution beaucoup de joie et de liberté et, évidemment, tout ça n’a pas plus du tout aux militaires.
Donc quand on a commencé, il y avait ça dans l’air.

Ce spectacle à Amiens est donc un one shot, mais vous répétez régulièrement ce genre d’événement ?
Pas souvent et pas le même. On en a fait un en juin qui était organisé par Hind (Meddeb), mon amie cinéaste qui est repartie au Soudan, et pas du tout Blaise. Avec aussi ce genre de rencontres et beaucoup d’improvisation. Ce soir c’est mon troisième. C’est une démarche qui me touche en tous cas. Et puis qui est aussi l’occasion de rencontrer. J’ai beaucoup apprécié de jouer tout à l’heure avec un flutiste que je ne connaissais pas avant. Ça donne une approche très très spontanée de la musique, pas du tout cadrée. Ça apporte beaucoup de surprise, de nuance, de fluidité quoi. Comme vous avez vu, on a très peu répété. Mais quand on a confiance, ça se passe bien. Il n’y a pas besoin de beaucoup répéter et ça apporte une autre chose qui est la fraîcheur.

Pour ce spectacle, vous répétez depuis… Aujourd’hui ?
Depuis aujourd’hui, tout à fait. Là je fais un duo avec Muneim. Les autres font des duos aussi les uns avec les autres, c’est ça le but. C’est vraiment que chacun fasse son truc et en même temps fasse quelque chose d’inhabituel avec un nouveau partenaire.

Au sujet de votre actualité, vous avez sorti Mort prématurée d’un chanteur populaire dans la force de l’âge en septembre de cette année. Pouvez-vous nous parler un peu du projet ?
C’est un disque assez expérimental, un disque laboratoire, tiré de la pièce faite avec Wajdi Mouawad (Tous des oiseaux, Incendies, …). Qu’on a très peu tournée à cause des restrictions du Covid. J’ai eu la chance de faire deux très beaux clips. Un animé, pour L’Avalanche, avec Christophe Blain (auteur bd, Donjon, Potron-minet, Blueberry, Amertume apache, …) et l’autre avec une grande danseuse, Carolyn Carlson, pour Nancy.
Voilà, c’était une sorte de parenthèse, un peu expérimentale pour moi. Je ne l’ai pas tourné parce que … ça n’était pas un disque pour tourner. C’est la première fois que je fais un disque qui ne tourne pas.
C’était aussi un désir de faire exister ces chansons que j’aimais et qui sinon auraient disparu dans l’oubli, se seraient évanouies. Leur donner une chance, de voyager, de rencontrer des gens.
J’ai enregistrer pratiquement tout chez moi, quasiment tout seul, à part deux qui ont été arrangées par Nicolas Repac (Rhapsodic, Swing swing, …) et moi.
Toutes ont été écrites pour la pièce. Presque toutes ont été jouées mais il n’y a pas eu de captation de la pièce. Le texte est sorti il n’y a pas longtemps. C’est le seul moyen de savoir ce que c’était. C’était une chouette pièce. Parfois très drôle, parfois très dramatique. Il y avait de la neige sur scène, de la fausse neige. Il y avait de la pluie, de la vraie pluie. Visuellement c’était très beau. Il y avait une cérémonie chamanique où je me retrouvais en slip sous cette fausse neige. Il y avait une fausse mort. Il y a un moment où je passais dix minutes enfermé dans un cercueil. Il y avait plein de moments très surprenants.
C’est une pièce qui parlait beaucoup de la colère actuelle. C’était important pour Wajdi de montrer que chacun est en contact avec sa colère, qu’est-ce qu’il en fait, comment il l’exprime. Est-ce que ça le détruit ? Est-ce qu’il peut la sortir, en faire quelque chose ? C’était un pièce là-dessus. Assez actuelle en fait.
Mais qui était aussi une comédie, assez… punk. Parfois très très insolente. C’était une expérience très forte pour moi et un vrai défi.

Qu’est-ce qui se profile pour vous dans l’avenir ?
Mes projets ne sont pas très originaux parce que je commence à composer un disque. Mais un disque c’est toujours une aventure, un inconnu. Je n’ai pas de règle à suivre, pas de mode d’emploi. Donc quand on commence quelque chose on est toujours perdu. Ce qui est très agréable. Donc là je suis perdu dans le début d’un disque, qui doit sortir cette année parce qu’on a une tournée qui est déjà bookée pour novembre 2022. C’est une façon magnifique de se dépasser, de se perdre, de se découvrir, de passer à travers plein de moments. C’est toujours, une vraie histoire d’amitié avec plein de gens, proches et que je ne connais pas encore.
Là je viens de faire un concert avec l’Orchestre philharmonique de Radio France, c’était vraiment une super belle expérience pour les cinquante ans de Fip, la semaine dernière. Et du coup, je pense que j’aurai envie de garder cette énergie un peu sauvage de l’orchestre, puissante, un peu océanique. Je pense qu’on rentre dans une grande dépression collective et que du coup on aura besoin un peu parfois de musique pour nous réveiller, nous donner de l’énergie, un rêve. Le rêve que propose les artistes va de plus en plus être des sortes de bouffées d’oxygène. J’ai envie de faire une musique assez positive. Moi même j’ai besoin d’énergie.

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