Darling Buds of May : Le blues de Shakespeare

Orlane et Dominique se sont rencontrés en chantant. Puis ils sont devenus un couple. Puis ils ont continué à chanter et à jouer ensemble. Du blues, de la soul, un peu de rock, de folk, dans le canapé de l’un, de l’autre, devant des amis, du public, sur scène, des reprises, puis des compositions… Sans pour autant se dire qu’ils étaient un « groupe ». Mais devant le plaisir qu’ils y trouvaient, l’alchimie évidente qui se dégageait de leur association et de leurs voix mélangées, de leurs prestations, la multiplication des retours enthousiastes et des sollicitations, il fallait se rendre à l’évidence et officialiser cette union artistique. C’est quand même plus pratique pour tout le monde ! Ils sont alors tout naturellement devenus les Darling Buds of May. La Bête les rencontre aujourd’hui, parce qu’après deux ans d’aventures et une bonne dizaine de concerts, la prochaine étape, imminente, c’est la Lune desPirates,danslecadre desBruitsdeLune.Et sansvouloirjouerlesobjecteursdeconscience,onse dit qu’il serait presque criminel de rater ça ! Pour patienter jusque -là tant que faire se peut, commençons tout doucement à nous mettre en immersion !

Déclinez votre identité !
Orlane : Je m’appelle Orlane, je suis chanteuse au sein des Darling Buds of May. Dans la vie, je suis psychologue, c’est ça qui me donne un salaire, et c’est très bien. Ça me laisse le temps de faire de la musique à côté. La musique c’est aussi un médium que j’utilise dans le cadre professionnel, ça se rejoint pas mal en fait. Le côté créatif trouve aussi bien à s’exprimer dans ces deux contextes très différents. Mon taf c’est donc de faire parler des gens à longueur de journée. Et là, je sens que je ne je vais pas arriver à sortir trois trucs cohérents à mon sujet ! Essayons quand même !
Dominique : Moi c’est Dominique, ça fait 25 ans que je fais de la musique. Je vis de ça un peu aussi, quand ça joue. Je fais aussi de la conception multimédia sur le côté, notamment du design, entre autres. J’ai été intermittent du spectacle, mais j’ai trouvé que j’avais plus de liberté à ne pas l’être. J’ai aussi une activité de comédien que j’ai mise de côté depuis quelques années, mais que j’ai l’intention de reprendre. Je vis de tout ça, c’est ça qui me fait vibrer. Dans les Darling, je fais de la guitare, du chant et du stomp.

Du quoi ?
Dominique
: Du stomp ! C’est de la percussion au pied, je tape du pied, quoi ! Que dire d’autre… ? Je suis né en Angleterre, je suis arrivé quand j’étais petit en France.

Et maintenant vous êtes tous les deux amiénois ?
Orlane :
Moi je vis à Amiens, Dominique vit à coté de Compiègne .

Comment vous faites pour répéter alors ?
Dominique : On répète à Amiens, on répète à Compiègne, où on peut… Notre formation ne de mande pas une grande installation. Et puis le simple fait de parler du projet, c’est une façon de répéter aussi. Quand on est ensemble on répète, quoi !
Orlane : Après, on peut aussi répéter avec un set très minimal guitare -voix sur un canap’. Ça nous arrive aussi bien sûr de travailler au micro, en condition « concert », c’est évidemment très important. C’est un travail très particulier.
Dominique : Et puis c’est essentiel ! Surtout dans la mesure où, comme c’est très minimal, on mise tout sur les voix.


Et pour tout cet aspect technique, vous êtes autosuffisants, vous gérez ?
Orlane : Pour ce qui me concerne, absolument pas !
Dominique : Moi j’ai un petit studio à la maison, je me suis déjà intéressé à ça depuis longtemps. J’ai fait pas mal de concerts depuis des années, ça fait un bon moment que j’ai un pied dans tout ça !

Tu faisais quoi avant ?
Dominique : Quand j’ai commencé, c’était dans une formation plutôt orientée punk-rock, tout à fond. Puis au fil des années ça s’est progressivement transformé en donnant plus d’importance à la voix.
Orlane : Ça commence toujours par du punk et ça fnit par de la soupe ! (Rires)
Dominique : Oui, après, on peut quand même garder la « punkitude » dans ce qu’on est et ce qu’on chante aussi ! Mais à la base je pense que ce n’est pas forcément la rythmique punk qui me plaisait, mais le coté vrai et authentique. C’est d’ailleurs précisément ça que j’adore chez Orlane. Quand elle chante, ça prend aux tripes, ça touche tout de suite ; il n’y a jamais de fioritures. C’est « vrai ». C’est comme les relatons avec les gens, c’est quand même plus simple et plus agréable quand il n’y a pas de fioritures ! Et dans le projet on essaie de tendre vers ça, comme c’est essentiellement mu par les voix et évidement les percus… Pas quelque chose de tribal, mais pas loin quand même ! Non … ?

Orlane : Je ne vais pas forcément te rejoindre sur le « vrai », car avec cette question de la limite du vrai et du faux ,on peut rapidement tomber sur un os, mais oui, il y a clairement quelque chose de tribal, qui vient des tripes.

Vous êtes autodidactes ?
Dominique : Ouais, complètement.
Orlane : Oui… Enfin… J’ai fait du conservatoire, un peu de chorale, mais j’ai quand même zéro technique en chant. J’aimerais beaucoup m’essayer par exemple au chant lyrique pour développer le souffle. J’y viendrai peut-être. Après, je dois avouer que j’aime bien ce côté où je ne sais pas où ça va m’emmener. J’ai toujours un peu peur que la technique égratigne ma spontanéité. Je préfère clairement être techniquement moins juste et envoyer quelque chose d’un peu plus brut. C’est vraiment ça qui me plait.
Dominique : Et puis il y a là-dedans un coté risqué. Des fois ça passe, des fois ça ne passe pas, et c’est aussi très intéressant… !

Au fil du temps vous délaissez de plus en plus les reprises au profit des compos ? Comment ça se passe ?
Orlane : Au début, on a commencé par des reprises, comme beaucoup. Les reprises, c’est très important pour s’apprivoiser. Et puis maintenant, on commence vraiment à avoir une énergie pour écrire. Ça fait deux ans qu’on tâtonne !
Dominique : Oui, là on commence à avoir plein d’idées. Quand t’écris, il y a toujours des trucs qui viennent, alors t’écris, t’écris, t’écris, tu te retrouves avec plein de bribes à droite à gauche. Après, s’il y a une harmonie, une progression d’accords en parallèle, je la soumets à Orlane. Si ça lui convient, on commence à mettre le tout en forme. Des fois ça se repose, ça retombe dans l’oubli, puis ça revient…

Vous écrivez à deux ?
Dominique : Oui. Tous les deux, ensemble, au même endroit, au même moment ! Ce n’est pas toujours simple.
Orlane : On essaie d’écrire à deux oui, c’est un exercice hyper difficile. Moi je n’ai jamais fait ça, mais personnellement ça me tient à cœur, car dans mes formatons précédentes, j’avais tendance à amener des textes complets, et je trouve que tu es coupée de la musique quand tu fais ça. On essayait de faire ensuite les arrangements ensemble avec les musiciens, mais il y a quelque chose qui fait que c’est bricolé. Or, là, c’est un processus beaucoup plus complet : on part de la musique, on joint les mots qui viennent la nourrir, tout se bâtit de concert ; c’est dur mais ça apporte une richesse dont je n’avais jamais fait l’expérience auparavant.

Les lignes de guitare sont quand même là quand vous écrivez ?
Dominique : C’est complètement aléatoire, ça dépend ! Moi je joue tout le temps, il y a toujours une guitare à portée de main, je suis tout le temps en train d’écrire un truc, de composer, de chercher, d’enregistrer quelque chose. Les idées, j’en ai, ce n’est pas le problème. Mais il faut que ça aboutisse. Et par ce biais ça aide pas mal parfois à finaliser des trucs qui trainent. Après s’il y a quelque chose que je sens dans mes tripes, je me dis « tiens je le sens bien, il f audrait qu’on essaie d’en faire quelque chose », alors je lui propose. Si elle aime on y va, si elle est moins enthousiaste, j’insiste !
Orlane : C’est précisément le cas du morceau qu’on est en train de bosser en ce moment. Je trouvais ça un peu plan-plan, puis on l’a emmené finalement vers quelque chose qui me plait beaucoup. Ça permet aussi de s’adapter, de sortir de sa zone de confort.
Dominique: Et puis on n’a pas du tout les mêmes styles de pratique ni les mêmes influences. Bien sûr, il y a beaucoup de choses qu’on écoute et qu’on adore tous les deux. À la maison, ça peut vite aller de Jordi Savall à Big Mama Thornton et Led Zep, en passant par Robert Johnson. On écoute plein de choses. On se retrouve sur beaucoup, et sur d’autres pas du tout. Et ça se ressent aussi dans la façon de travailler dans le sens où, même si nos voix s’harmonisent bien (en tous cas, moi je trouve), nos deux façons de chanter son très différentes.
On arrive à aller chercher quelque chose chez l’autre d’enrichissant.Tu arrives avec tes certitudes, tu les confrontes à l’autre, et les siennes t’amènent là où tu n’aurais jamais pensé aller. Alors écrire à quatre mains, oui, c’est hyper dur, mais ça vaut vraiment le coup.


Orlane : Il y a aussi une question de confiance. Ça relève de l’intime, mais personnellement j’avais très peur du fonctionnement de couple, de comment tu fais pour travailler quand tu as à la fois engagé dans un couple et dans un binôme de travail. Comment trouver ses marques. J’avais peur de ce tte économie-là : le fait de devoir faire des compromis en écrivant. Et finalement c’est plus un appui, un moteur, qu’une difficulté. Et je pense que le fait qu’on se fasse confiance depuis longtemps ça aide à renoncer, ça empêche d’être monomaniaque, fixé sur ton idée, tu as envie de céder un truc à l’autre. Et cette concession, elle devient quelque chose qui nous appartient.
Dominique : Et même techniquement, Orlane a une façon de chanter, de se positionner très soul, très jazz, et rythmiquement c’est différent de mon approche qui est plus rock. Et on arrive à se retrouver ! Et quand on joue, quand on chante, on n’a plus besoin de faire de concession, ça se provoque !
Orlane : En fait, ça tire, d’un côté ou de l’autre, et ça donne quelque chose qu’on trouve très intéressant.

Et comment vous vous êtes rencontrés artistiquement ? En cœur : En chantant !

Dominique : L’un comme l’autre, on est passionnés par la musique, c’est notre vie. On a des divergences artistiques, mais on s’est trouvés et on se retrouve trè s facilement.
Orlane : Sur le hardcore notamment…
Dominique : On n’a pas la même conception du hardcore je crois. Moi j’aime bien quand ça envoie… Bref… On a un terrain commun de jeu intellectuel et émotionnel assez important, qui se nourrit par cette altérité.
Orlane : Après, ce qui est difficile dans l’écriture, c’est de sortir de nous. Parce qu’il y a un nous très fort qui dépasse le cadre du Darling Buds of May, et ne pas parler de sa gueule tout le temps, c’est d’autant plus difficile.

Et vous ne composez qu’en anglais ?
Dominique :
Ah ! Alors je ne veux pas couper l’herbe sous le pied d’Orlane, mais je pense de plus en plus à la langue française.
Orlane : Moi je trouve ça inchantable la langue française . Tu te mets beaucoup trop à poil.
Dominique : Moi j’ai la double culture, française et britannique… À poil ou pas à poil, je ne sais pas… Avec le métier de comédien, je suis beaucoup plus attiré par la langue française, qui me touche plus… J’ai pris le pli de chanter anglais et de parler français. Mais je n’imagine pas que ce soit immuable. Il y a peut-être d’autres choses à dire en français.
Orlane : On aime les textes français aussi. Après, je suis une grosse planquée, mais il n’y a pas que ça, il y a d’autres complexes qui font que pour moi chanter en français c’est difficile, et il y a aussi un part pris : je veux donner quelque chose. Je ne sais pas raconter d’histoire. Très honnêtement, ce n’est pas mon truc. J’aimerais beaucoup, je suis très impressionnée par les gens qui savent le faire, mais chez moi, ça passe beaucoup plus par le corps, par la voix, et je serai plus intéressée par la musicalité des mots que par ce qu’ils racontent. Sans aller jusqu’à dire que le sens n’est pas important bien sûr ! Et l’anglais me permet ça.

Et quelles pourraient être vos influences en langue française ?
Dominique : Alors moi je m’y suis mis sur le tard, j’ai une culture de la chanson française assez limitée, mais j’adore Mano Solo par exemple, que j’écoute et que je pourrais écouter pendant des heures. Par contre jamais je ne le reprendrais.

Et qu’est-ce que vous racontez quand vous chantez en anglais ?
Dominique
: Ça dépend… C’est un peu hétéroclite. Une chose est sûre, ce n’est jamais vraiment politique. Moi ça me fait chier les chansons politiques !
Orlane : Moi ça ne me fait pas chier mais je ne me sens pas capable d’en écrire. Je considère que ce n’est pas le terrain de notre musique. Je dis que je ne sais pas raconter d’histoire, mais nos chansons sontnécessairementdespetiteshistoires.Çapartforcémentd’un«je».C’estlestylequiveutçaaussi. On ne fait pas que du blues mais ça en est souvent teinté et on s’y enracine très fort. Et le blues c’est lyrique,c’estlaplainte.Là,onacommencéàécrireunechansonquiestbeaucoupplusfolk.Lefolk,ça raconte. Tu peux plus délirer, imaginer des trucs. En l’occurrence, c’est un type qui court après son désir, ou l’inverse, on ne sait pas trop.

Dominique : Ouais, c’est douloureux d’écrire !
Orlane : Grave ! moi je ne crois pas au mythe de l’écrivain pour qui s’est automatique. C’est un moment hyper déprimant d’accoucher de quelque chose !
Dominique : Moi je cherche toujours à laisser faire les choses. Des fois ça vient, des fois ça ne vient pas.
Orlane : Paradoxalement, on a dit plus tôt qu’on misait tout sur les voix, mais en l’occurrence pour écrire on part quand même aussi souvent du rythme. Chez nous, le rythme est très minimal ; c’est con, mais pour autant, ça influence énormément.
Dominique : Et ce n’est pas parce que c’est minimaliste – de plus en plus d’ailleurs, on tend et on veut tend revers ça-,qu’il n’y a pas dans le blues, pleins de possibilités rythmiques diférents, qui sont autant de points de départs possibles.

Vous avez déjà envisagé de jouer avec d’autres personnes ?
Dominique : On y a pensé, oui, mais ça va plutôt à l’encontre de cette recherche d’un minimalisme dans laquelle on est lancés. Des fois, en travaillant, on pense à des copains, on se dit que tel ou tel intervention, tel instrument pourrait être bienvenus, mais ça implique aussi de rompre cet équilibre auquel on tient vraiment et de dénaturer un peu les choses… Pour le live et le travail en tout cas, je pensequec’estessentielderesterépurés.Etpuisonn’estpasfansdestrucssurproduitsdanslesquels on se perd.
Orlane : Par contre le fait d’être à deux – ce qui est inédit pour chacun d’entre nous artistiquement parlant – nous oblige vraiment à une solidarité totale. Si l’un des deux se plante, ça s’entendra t out de suite et l’autre aura bien du mal à combler le vide ! C’est aussi un gros déf i !
Dominique : Moi j’ai pour mission de remplir tout l’espace harmonique et rythmique, alors je varie les techniques, mais on n’a effectivement pas tant de cartes que ça ! Mais avec ce peu de cartes, il y a quand même moyen de bien s’amuser !

Et d’où vous vient votre nom ?

Dominique: De Shakespeare.On l’aime beaucoup tous les deux. Moi je l’ai beaucoup étudié. C’est une phrase extraite d’un sonnet en fait… Et c’est aussi une grosse série de comédie britannique de la fin des années 1980, qui fait vraiment parte de leur culture, c’est pour ça aussi que moi ça m’a vraiment plu de prendre ce nom : ça me rappelle le bled !
Orlane : On a mis un moment à le trouver mais quand c’est arrivé ça a été évident. On est tous les deux nés en mai, les bourgeons de mai c’est nous ! et « buddies » ça veut aussi dire « potes », on a trouvé que ça nous correspondait aussi ! Même s’il a déjà été beaucoup utilisé, qu’il est un peu usé, on trouve que c’est un chouette nom ! Et il y a aussi ce plaisir de nous l’accaparer, de l’user à notre tour, à notre façon!
Dominique : Et puis c’est une identité dont on avait besoin aussi ! On avait fait des concerts avant de nous baptiser, et on voulait nous programmer, nous faire rejouer, mais sans nom, difficile de nous retrouver, de nous contacter…


Parlons un peu de votre avenir… Outre la Lune des Pirates, il y a d’autres concerts de prévus ?
Dominique : Les Bruits de Lunes, c’est le seul qui soit officiel à ce jour. Mais oui, il y en aura d’autres ! Plein. Là, on sort encore de la torpeur de cette histoire de masques et de concerts assis, c’est une période un peu charnière, on ne sait pas encore exactement comment ça va évoluer, donc on y va doucement. Mais il y a des plans : dans le nord, en Belgique, en festivals, il y a des sollicitations à Amiens. Pas de pression !

Logiquement, dans ce cheminement, il y aura forcément aussi un passage en studio ? C’est prévu ?
Dominique : On y pense, oui, c’est en projet. On aimerait bien enregistrer un E.P. de quatre / cinq compos…Pourquoi pas pour la fin de cette année, début de l’année prochaine…?

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